Aux origines de la vie

Le géologue Daniele Pinti compte parmi les éditeurs de la première encyclopédie au monde sur l'astrobiologie.

14 Novembre 2011 à 0H00

Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, toutes sortes de mythes, croyances et théories ont circulé sur les origines de la vie.

Daniele Pinti, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère, fait partie des scientifiques qui s'intéressent à cette question complexe. Membre du Centre de recherche en géochimie et géodynamique (GÉOTOP), il compte parmi la douzaine de chercheurs canadiens ayant participé, avec 200 autres experts à travers le monde, à la rédaction de l'Encyclopedia of Astrobiology. Cette première encyclopédie sur l'astrobiologie a été lancée le 5 juillet dernier au congrès Origins 2011 à Montpellier, en France.

Publiée par la prestigieuse maison d'édition Springer, l'encyclopédie (3 volumes, 1 850 pages) contient quelque 1 800 entrées, dont 300 dans la section géologie, qui était sous la responsabilité du professeur Pinti. Champ de recherche interdisciplinaire, l'astrobiologie, aussi appelé «exobiologie» dans le monde francophone, fait appel à plusieurs sciences : l'astronomie, l'astrophysique, la biologie, la chimie et les géosciences. «L'astrobiologie embrasse large, explique le professeur, car elle s'intéresse non seulement à l'origine et à l'évolution de la vie sur Terre, mais aussi à la possibilité d'une vie extraterrestre.»

Pas de consensus

La question des origines de la vie sur Terre fait toujours l'objet de débats au sein de la communauté scientifique. Pour plusieurs chimistes et biochimistes, la vie serait apparue grâce à des réactions chimiques dans une atmosphère primitive bouleversée notamment par les radiations solaires, les éclairs et les volcans. Ces sources d'énergie auraient engendré des molécules dites organiques ayant progressivement évolué vers des molécules vivantes. Des géologues et géophysiciens relient pour leur part l'origine de la vie à la présence de sources hydrothermales dans les profondeurs des océans.

«Des divergences subsistent aussi sur l'âge précis des premières traces de vie, note Daniele Pinti, mais nous avons aujourd'hui des preuves géologiques - bactéries fossilisées, traces de molécules et d'isotopes dans des roches - que des conditions favorables à l'apparition de la vie sur Terre étaient présentes quelque 100 millions d'années après la formation de notre planète, laquelle remonte à 4,5 milliards d'années.»

Selon le chercheur, des progrès importants ont été réalisés dans l'étude des traces morphologiques et chimiques de la vie. «Nous sommes maintenant capables d'étudier de façon assez détaillée la morphologie de très vieilles roches grâce à des microscopes extrêmement puissants.»

Planètes habitables

En 2010, une équipe de chercheurs américains a détecté, hors de notre système solaire, une planète potentiellement habitable, située à 20 années-lumière de la Terre, qui pourrait bénéficier d'une température favorable à l'apparition de la vie. «Depuis une dizaine d'années, on découvre presque chaque mois de nouvelles planètes extrasolaires, si bien que l'on en compte aujourd'hui plus de 500», remarque Daniele Pinti.

Pour les astronomes, l'habitabilité d'une planète ne signifie pas que les humains y vivraient agréablement, mais que la vie y serait possible. L'habitabilité dépend de nombreux facteurs, dont la présence d'eau à l'état liquide, qui joue un rôle essentiel dans les réactions biochimiques, et d'une atmosphère. «Il y a sûrement des planètes similaires à la nôtre dans d'autres systèmes solaires et l'on pourra probablement en trouver d'ici une dizaine d'années. La possibilité qu'une vie intelligente existe ailleurs que sur la Terre n'est pas une hypothèse farfelue», soutient le professeur.

Dans la mesure où l'existence d'une vie extraterrestre demeure inconnue, nos critères d'habitabilité d'une planète résultent en grande partie d'une extrapolation des conditions terrestres et des caractéristiques générales favorables au développement de la vie au sein de notre système solaire. «Pour comprendre les conditions d'émergence de la vie, la Terre constitue actuellement notre seul laboratoire de recherche naturel, observe Daniele Pinti. Mars pourrait toutefois constituer notre prochain laboratoire. On croit que cette planète recèle des traces d'une vie primitive, similaire à celle ayant existé sur Terre.»

Même si l'Agence spatiale canadienne encourage les recherches en astrobiologie et même si des experts dans ce domaine ont été recrutés grâce au programme des Chaires de recherche du Canada, il n'existe pas au pays de véritable réseau de chercheurs en astrobiologie, comme c'est le cas aux États-Unis et en France. «Cela dit, de plus en plus de jeunes chercheurs s'intéressent à l'astrobiologie, souligne le professeur. J'espère que l'Encyclopédie deviendra pour eux un ouvrage de référence.»

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